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Les élèves d'Osamu Tezuka

S'il y a un artiste ayant marqué le mangaka MATSUMOTO Leiji et le réalisateur RINTARÔ (et bien d'autres), c'est bien évidemment le maître incontesté de ces "images dérisoires" TEZUKA Osamu (1928-1989).


Leiji Matsumoto et Osamu Tezuka


Tout d'abord pour le premier qui est de 10 ans son cadet, les premières oeuvres de TEZUKA auront sur le jeune MATSUMOTO une forte influence. Celui-ci s'inspire de son style graphique dans ses premières histoires qui s'adresseront en partie à un public féminin.

De Histoire d'une abeille (1953, il a alors 15 ans) son premier manga publié, à l'adaptation du Tour de France par deux enfants (1959) son style et ses thèmes restent quelques peu identiques.

C'est au début des années 60 qu'il va évolué vers des sujets qui le motivent et qu'il avait déjà quelque peu dessiné adolescent [il avait déjà esquissé en 1953 le capitaine balafré mais sans sa balafre en lui prêtant le nom de Kingston, faisant référence à la ville du même nom, l'un des hauts lieux de rendez-vous des pirates en Jamaïque mais aussi au nom du navire du pirate Jack Rackham alias Calico Jack], tel le western, la guerre et les récits de science-fiction tout en adoptant au fur et à mesure un graphisme plus personnel.

Cela en s'éloignant des formes rondes pour des corps plus effilés qu'il adopta notamment en découvrant l'oeuvre du français FOREST, tout en n'en conservant quelque peu avec ses personnages de petites tailles, comme si il n'avait jamais vraiment voulu se détacher totalement de ses premières influences, apportant ainsi à ses univers adultes une promiscuité à hauteur d'enfants.

TEZUKA qui avait déjà un nombre impressionnant de planche à son actif aura joué et alimenté également l'imagination de MATSUMOTO. Il est clair qu'à l'époque, TEZUKA était le modèle absolu pour un grand nombre d'artistes.

Il savait tout faire, dessiner avec une mise en scène qui lui était propre, joué sur le rythme de l'action, créer toujours des histoires très prenantes et si elles ne l'étaient pas, du moins il faisait en sorte qu'elles le deviennent en utilisant une palette d'effet qu'il adaptait selon les histoires et de plus il était productif, peut-être trop d'ailleurs car il dessinait parfois plusieurs histoires en même temps, pour différents éditeurs et incontestablement, de part sa forte présence sur le marché du manga il y eu quelques critiques.

Mais il ne pouvait en être autrement. Il avait une soif de créations, qu'elles soient originales ou pas, cela lui permettait également d'améliorer continuellement ses styles. En cela MATSUMOTO en fut émerveillé.

Juste avant qu'il ne monte à la capital en 1956 (il est originaire de Kyûshû au sud du Japon) MATSUMOTO aura la chance de travailler avec son idole, ce qui fut d'ailleurs sa seule expérience en tant qu'assistant. TEZUKA qui passait dans la région pour échapper à l'époque à quelques éditeurs impatients, décida pour terminer un travail dans l'urgence, de demander de l'aide au mangaka locaux qu'il connaissait un peu de réputation.

Il s'agissait d'un groupe de quatre dessinateurs appelé Groupe de recherche de la manga de Kyûshû dont faisait partie MATSUMOTO. Ainsi pendant une dizaine de jours, ils s'enfermèrent pour un travail colossal sur plusieurs titres que TEZUKA réalisait en même temps.

Il fit ainsi quelques dessins, comme des corps sans tête que TEZUKA dessinera ensuite sur l'histoire du Démon aux yeux à facettes et également quelques travaux sur L'oiseau de feu. Plus que l'aide qu'il apporta à TEZUKA, ce fut les paroles qu'ils échangèrent qui fit forte impression sur ce jeune Leiji alors âgé de 18 ans.

TEZUKA rendra d'ailleurs hommage à l'amitié et l'admiration qu'il voue à son cadet en s'amusant à le représenter en 1974 dans l'une de ses oeuvres, Barbara. Le personnage en question porte également le nom de MATSUMOTO Leiji et il est mangaka.

MATSUMOTO et TEZUKA réalisèrent également ensemble de longs entretiens sur différents aspects de leurs disciplines avec divers auteurs comme le romancier de science-fiction KOMATSU Sakyo (La Submersion du Japon) et qui furent rapportés sous écrits dans la collection Les conversations de Tezuka Osamu.

Tout comme TEZUKA, il aura également le désir de s'investir dans l'animation, ce qu'il fera 20 après son premier succès avec la saga de Uchû Senkan Yamato (Yamato le cuirassé de l'espace, 1973-83) auquel il créera une grande partie de l'univers graphique et s'investira tout au long des séries et des films sur la réalisation.

Entre temps, ses manga, Uchû Kaizoku Captain Harlock et Ginga Tetsudo 999 se verront adapter au petit et grand écran par RINTARÔ où il supervisera plus ou moins l'ensemble de ces productions. Ce n'est qu'à partir de 1998 (à l'exception de The Cockpit en 1993) que MATSUMOTO reprendra une nouvelle énergie pour apporter à l'écran de nouvelles adaptations de ses oeuvres et cela pratiquement chaque année.

MATSUMOTO adoptera également une particularité que TEZUKA utilisera tout au long de ses créations. Il concevra ses personnages comme des acteurs à qui il donnera plusieurs rôles, ce qui pourra être, dans un premier temps, et lorsque l'on découvre son oeuvre parcimonieusement, un peu déstabilisant car celle-ci joue parfois sur une proximité et une ambiguïté de ses univers et du temps.

TEZUKA n'hésitera pas également à se représenter dans ses manga, en étant parfois même le mangaka Tezuka comme dans Vampires, et cela sera aussi quelques peu adopté par MATSUMOTO avec l'un de ses personnages.

On remarquera que l'oeuvre dite maîtresse de ces deux créateurs, respectivement Hi no Tori et Ginga Tetsudo 999, est une oeuvre initiatique et une quête de la vie éternelle.

On peut ajouter également que dans leur catégorie, peu d'artistes auront produit une aussi grande oeuvre personnelle que ces deux entités, que ce soit par le nombre impressionnant de planches à leur actif et par les divers univers qu'ils ont su créer et ainsi joué avec émerveillement leurs partitions de cases tels des poètes d'un autre temps, sur chaque conscience qui les aura accueillit.


Rin Tarô et Osamu Tezuka


RINTARÔ lui, rencontrera TEZUKA au début de sa carrière alors que ce dernier projette de s'investir dans l'animation. Cette rencontre se fera en 1960 sur le film d'animation de la Toei, Saiyuki (Le Voyage en Occident) une adaptation de la version manga de TEZUKA réalisée entre 1952 et 1959.

RINTARÔ y est animateur [il sera coloriste pour ses deux premiers travaux précédents Hakujaden (Le Serpent Blanc, 1958) et Shonen Sarutobi Sasuke (La Jeunesse de Sarutobi Sasuke, 1959)] et TEZUKA co-dirige la réalisation avec YABUSHITA Taiji (Le Serpent Blanc).

Quelques mois plus tard il suit TEZUKA alors que celui-ci vient de créer le studio Mushi et anime le film Aru machi kado no monogatari (Histoire au coin d'une rue, 20 septembre 1962) dont la réalisation fut confiée à YAMAMOTO Eiichi (Yamato).

Ce film de 38 min. évoquait par l'intermédiaire d'affiches sur un mur La Bergère et le Ramoneur (renommé ensuite Le Roi et l'Oiseau) de Paul Grimault. Sans paroles, la musique soulignait les émotions que partageaient sur deux affiches éloignées un violoniste et une pianiste sous la menace militaire.

En 1963, TEZUKA ouvrira alors la voix des séries télévisées avec Tetsuwan Atom et confiera à RINTARÔ outre la direction du 4ème épisode, la direction artistique de nombreux autres ainsi que le scénario du film Tetsuwan Atom – Uchû no Yûsha (Atom bras de fer – Héros de l'espace, 1964).

Il poursuivra ainsi sa carrière auprès de TEZUKA et du studio Mushi créé pour l'occasion. Il dirigera les séries de Jungle Taitei alias Le Roi Léo ainsi que le long-métrage de 1966, Chôhin Jungle Taitei où il est également directeur artistique et continuera sa collaboration avec TEZUKA jusqu'en 1971, peu de temps avant que Mushi ne ferme ses portes.

Après cette période, il retrouvera l'univers de TEZUKA en 1977 avec la série Jetter Mars, un dérivé d'Astro (créé par TEZUKA mais qui n'y participe pas) mais surtout peu de temps avant la mort du maître il concevra l'adaptation de l'une des oeuvres phares de celui-ci Hi no Tori (Phoenix, l'oiseau de feu) qu'il déclinera en plusieurs parties avec le film Phoenix, le chapitre du Karma (1986), les OAV Phoenix, le chapitre du Yamato (1987) et Phoenix, le chapitre de l'espace (1987).

L'année 1989 sera la dernière de l'ère Tezuka puisque celui-ci s'éteint le 9 février. RINTARÔ lui rendra alors hommage avec la diffusion en août de la même année d'un TV Spécial que TEZUKA avait quelque peu ébauché, en écrivant et réalisant Tezuka Osamu Monogatari Boku wa Son Goku (Les histoires d'Osamu Tezuka : Je m'appelle Son Goku) clin d'oeil à leur première rencontre mettant en scène le roi des singes qui conservait son graphisme d'origine et d'autres personnages de l'univers de TEZUKA et le maître lui-même représenté que l'on pourra voir donné naissance à Son Goku. Si RINTARÔ se charge de la première partie, la seconde est dirigée par un ancien de Mushi, HATA Masami.

En 1995 il réalisera également un petit film Osamu et Musashi pour le Tezuka Osamu Manga Museum se trouvant dans la ville de Takarakazuka où était originaire l'artiste. Ce film de 18 minutes soulignait la rencontre du jeune Osamu avec l'insecte Musashi [il signera souvent ses manga du nom de Osamushi qui désigne un scarabée, son genre d'insecte préféré (Mushi voulant dire insecte)].

L'histoire avait été imaginée et supervisée par le fils du maître TEZUKA Makoto (qui est aussi réalisateur de film live dont le très beau Hakuchi) à partir de planches que TEZUKA avait dessiné quand il était collégien, alors qu'il se passionnait pour les insectes.

HIRATA Toshio, qui avait beaucoup travaillé avec TEZUKA en conçoit le storyboard (c'est d'ailleurs ce qu'il a fait également sur Endless Odyssey), TOMITA Isao (Ginga Shonen Tai, Jungle Taitei) compose une partition symphonique et SUGINO Akio qui avait débuté lui aussi chez Mushi dirige l'animation et donne forme aux personnages.

On pourra trouver chez MATSUMOTO Leiji et RINTARÔ par le biais de la version animée du Ginga Tetsudô 999 un clin d'oeil à la passion de TEZUKA avec le médaillon de Tetsurô ayant la forme justement d'un osamushi.
Dans ce contexte le scarabée, comme chez les égyptiens, soulignait la quête de la vie contre la mort passant d'une enveloppe mortelle à celle immortelle des êtres mécanisés.

RINTARÔ, de nouveau accompagné par HIRATA Toshio, rendra un dernier grand hommage à TEZUKA en adaptant pour le grand écran l'un de ses premiers manga Metropolis (il ira un peu à l'encontre du maître car de son vivant ce dernier ne voulait pas adapter; celui-ci) qui sera scénarisé par OTOMO Katsuhiro qui décida lui aussi de devenir mangaka après la découverte des oeuvres du maître.

C'est d'ailleurs sur ce long-métrage réalisé entre 1998 et 2001, que KOMATSUBARA Kazuo (le célèbre chara designer d'Herlock) laissera ses derniers travaux.

RINTARÔ aura comme son maître réussit à s'extraire d'une animation pauvre pour des oeuvres artistiques stylisées véhiculant des idées fortes sur des thèmes adultes, sans pour cela regretter la légèreté des premières qui ne sont pas toutefois, tout au contraire, à négliger dans le processus créatif.

TEZUKA maître du manga et initiateur de l'animation limitée pour la télévision, mais également créateur d'une animation qui se voulait artistique aura donc fortement influé ces deux peintres du paysage manga et animation que sont MATSUMOTO Leiji et RINTARÔ.

Ceux-ci lui sont quelque peu redevables de son oeuvre, tout comme beaucoup d'artistes actuels sont aussi débiteurs de ces derniers. De l'humanisme et de la grandeur philosophique et poétique de leurs travaux, nous retiendrons également et tout simplement l'amour de la vie.



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Based on the comic "Space Pirate Captain Herlock" by Leiji Matsumoto © LEIJI MATSUMOTO/Kobunsha - VAP - NTV [Naviguer sans FLASH]